À la suite de la COP30 de novembre 2025, le KBL souhaitait inviter un représentant du Sud global, afin de donner à ses membres l’occasion d’entendre une voix du Sud global. C’est ainsi que, du 2 au 11 mars, Eliseo Ruzol Jr. du réseau philippin Masipag, a séjourné au Luxembourg. Cela a été l’occasion de nombreux échanges avec la société civile et les responsables politiques luxembourgeois.es, notamment dans les communes de Schuttrange, Walferdange et Dudelange.
Des Philippines au Brésil… et au Luxembourg
En participant à la COP30 au Brésil, le KBL s’était donné comme objectif de rendre compte du déroulement des négociations et d’évaluer le résultat. Afin de compléter ce regard de représentants du Nord, la venue d’un représentant du Sud au Luxembourg après la conférence, avait été envisagée dès le départ. La participation de représentant.e.s philippin.ne.s des organisations partenaires de l’ASTM à la COP a été l’occasion d’activités communes et d’échanges afin de finaliser la visite d’Eliseo Ruzol. Une fois la logistique et les formalités de visa réglées, nous avons contacté communes et société civile afin d’organiser des rencontres et des événements.
C’est ainsi qu’Eliseo Ruzol s’est rendu à Schuttrange dès le soir de son arrivée, afin de rencontrer des représentants politiques de la commune, dont le bourgmestre Claude Marson, ainsi que des membres de la Commission de l’Environnement et des groupes « Pacte Climat », « Pacte Nature » et « Fairtrade ». Ce dernier groupe, soutenu par la commune, avait mené, en 2025, une collecte de fonds en faveur de Masipag autour des petits-déjeuners solidaires.
Schuttrange, Walferdange, Dudelange
Le 4 mars, à Walferdange, Eliseo Ruzol a fait une présentation sous le titre de « Agir face à la crise climatique – L’expérience philippine » devant un public de citoyen.ne.s intéressé.e.s, avec la participation de l’échevine Jessie Thill, responsable notamment des politiques climatiques et environnementales. La commune de Walferdange a par le passé soutenu le réseau Masipag durant plusieurs années.
Enfin, le 5 mars, Eliseo Ruzol a présenté à Dudelange « Le changement climatique aux Philippines » et notamment ses conséquences sur l’agriculture. Il a été introduit par l’échevin René Manderscheid, responsable notamment de l’environnement et de la protection de la nature, alors que la ville de Dudelange soutient depuis de longues années le réseau Masipag.
À côté de ce programme « communal », le KBL a organisé une conférence grand public à la Chambre des salariés, une entrevue avec le ministère de la Coopération et une entrevue avec la députée européenne Tilly Metz, engagée en faveur de l’agriculture durable, sans compter plusieurs échanges avec des groupes de la société civile ainsi qu’avec l’ASTM en interne.
L’agriculture durable et ses ennemis
À chaque rencontre ou conférence, Eliseo Ruzol a aussi présenté la situation générale aux Philippines, particulièrement affectées par le changement climatique, ainsi que l’action du réseau Masipag, qui œuvre en faveur d’une agriculture durable. Pour cela, Masipag a recours au patrimoine génétique philippin pour une culture biologique de riz et d’autres plantes, plutôt qu’à des semences brevetées combinées à des pesticides – le modèle promu par les multinationales du Nord. Lors des conférences, le public a eu l’occasion de poser des questions et cela a donné lieu à des échanges variés mais toujours instructifs.
Le changement climatique est un défi pour l’humanité entière, mais ses conséquences se font ressentir différemment selon les endroits du globe. Dans un pays comme les Philippines, avec de grandes inégalités sociales, une classe politique corrompue et de surcroît surexposé aux effets du réchauffement, ce défi prend une ampleur difficile à saisir abstraitement. C’est pour cela que l’échange avec Eliseo Ruzol a été une expérience précieuse. Cela nous permet de mieux comprendre les liens entre le combat contre le changement climatique, celui contre les OGM, les pesticides, les brevets et les traités de libre-échange, et celui pour les droits humains, l’émancipation et la justice sociale. Enfin, les personnes ayant assisté à un des échanges verront sans doute d’un autre œil les nouvelles de l’autre bout du monde, qu’il s’agisse de catastrophes « naturelles » ou de répression politique, ainsi que le déroulement désespérément lent des négociations climatiques internationales.
(Photo : Masipag)

